Le départ de l'ambassadeur américain : un bilan sous tension
Après un peu plus d'un an à la tête de la mission diplomatique américaine à Port-au-Prince, l'ambassadeur Henry Wooster quitte Haïti pour le Kenya. Son bilan d'adieu résume, malgré lui, l'ambiguïté de la relation entre les deux pays.

Entré en fonction en juin 2025, Henry T. Wooster prend la tête de l'ambassade américaine en Haïti dans un contexte déjà lourd : révocation des autorisations de séjour et de travail accordées sous l'administration précédente, fin anticipée du Statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants haïtiens dès août 2025, expulsions massives et interdictions d'entrée renforcées sur le territoire américain.
Le 23 juillet 2026, à quelques jours de son départ pour un nouveau poste au Kenya, Wooster tient une conférence de presse d'adieu à Port-au-Prince. Il y dresse le bilan de sa mission et réaffirme l'appui de Washington à la stabilisation du pays, tout en insistant sur la nécessité pour les acteurs haïtiens eux-mêmes de renforcer leurs institutions, leur économie et leur lutte contre l'impunité. « Le soutien international reste indispensable, mais les solutions haïtiennes devront quand même venir de l'État haïtien », déclare-t-il.
Des chiffres, et un contraste
L'ambassadeur rappelle que les États-Unis demeurent le principal partenaire bilatéral d'Haïti en matière d'assistance : environ 125 millions de dollars consacrés à l'aide humanitaire en 2026, 24 millions de dollars à l'assistance alimentaire, 11 millions de dollars au soutien post-ouragan. Il insiste également sur la dimension économique de la crise sécuritaire, plaidant pour une création d'emplois — notamment pour les jeunes — capable d'offrir une alternative crédible au recrutement par les groupes armés.
Le diplomate affirme quitter Haïti « profondément touché » par « la résilience » et « la force du peuple haïtien » face aux crises successives. Un hommage qui contraste avec la politique migratoire américaine des mois précédents — expulsions par centaines, restrictions de visa pour les supporters de football venus assister au Mondial, projets législatifs visant à suspendre l'immigration en provenance de plusieurs dizaines de pays, dont Haïti.
Une porte qui se ferme pendant qu'une main se tend
Ce contraste résume, presque malgré lui, l'ambivalence structurelle de la relation entre les deux pays : un partenaire diplomatique qui se présente comme indispensable au redressement d'Haïti, tout en fermant simultanément une bonne partie de ses portes à celles et ceux qui tentent d'y échapper. Le successeur de Wooster n'a, à ce jour, pas encore été officiellement annoncé.
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