Atik sa a disponib sèlman an franse pou kounye a. Tradiksyon an ap vini talè.
AnalizKonplo & verite kache

Agritrans : la société qui a mis un futur président au cœur du scandale

Avant de devenir président d'Haïti, Jovenel Moïse dirigeait une entreprise agroindustrielle qui a bénéficié de plusieurs millions de dollars issus du fonds PetroCaribe — pour des résultats que la Cour des comptes qualifiera plus tard de « stratagème ».

Dark Ayiti27 avril 20267 min pou li
Agritrans : la société qui a mis un futur président au cœur du scandale

Avant son entrée en politique, Jovenel Moïse est présenté au public haïtien comme un entrepreneur agricole innovant, surnommé « Nèg Bannann nan » — l'homme de la banane — en référence à son entreprise Agritrans S.A., censée relancer les exportations de bananes plantain haïtiennes vers l'Allemagne à travers un vaste projet agricole implanté dans le Nord-Est du pays.

Ce projet bénéficie d'un financement conséquent issu du fonds PetroCaribe, décaissé par le Bureau de monétisation des programmes d'aide au développement (BMPAD), l'organisme chargé de gérer les fonds vénézuéliens. Officiellement présenté comme un modèle de développement agricole national, le projet Agritrans devient, quelques années plus tard, l'un des dossiers les plus scrutés du rapport d'audit de la Cour supérieure des comptes.

Un « stratagème » nommément visé par la Cour des comptes

Le second rapport de la CSCCA, publié en 2019, revient en détail sur le financement de cette entreprise et pointe de graves irrégularités dans la manière dont les fonds publics lui ont été alloués et utilisés — une gestion que les juges qualifient explicitement de « stratagème de détournement de fonds publics », impliquant directement celui qui, entre-temps, était devenu président de la République en 2017.

Cette révélation place Jovenel Moïse dans une position politique intenable : chef de l'État au moment même où l'institution chargée de contrôler les finances publiques du pays l'accuse d'avoir profité, avant sa présidence, du système qu'il est désormais censé superviser. Le mouvement PetroCaribe Challenge, déjà mobilisé depuis 2018, redouble d'intensité, réclamant sa démission et des poursuites judiciaires.

Une clarification judiciaire à jamais interrompue

Jovenel Moïse a toujours publiquement contesté ces accusations, affirmant que son entreprise avait respecté les procédures en vigueur et que les difficultés rencontrées par le projet relevaient de facteurs économiques indépendants de sa volonté. Aucune procédure judiciaire spécifique concernant ce volet du dossier PetroCaribe n'aboutira, de son vivant, à une décision de justice définitive — son assassinat en juillet 2021 mettant brutalement fin à toute perspective de clarification judiciaire de sa responsabilité personnelle dans cette affaire.

Le dossier Agritrans reste, aujourd'hui encore, l'un des symboles les plus cités du scandale PetroCaribe : la démonstration qu'un système de contrôle aussi déficient a pu profiter à un entrepreneur ordinaire au point de contribuer, indirectement, à financer son ascension jusqu'au sommet de l'État qu'il était censé, plus tard, rendre des comptes à son propre peuple.