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Le jour où l'ambassadeur américain a dénoncé la corruption droit dans les yeux du Premier ministre

Le 2 juillet 2026, lors d'une réception diplomatique à Port-au-Prince, l'ambassadeur américain Henry Wooster a qualifié la corruption haïtienne de « cancer destructeur » nourri par une « cupidité débridée pour l'argent et le pouvoir » — devant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé lui-même.

Dark Ayiti26 juillet 20267 min pou li
Le jour où l'ambassadeur américain a dénoncé la corruption droit dans les yeux du Premier ministre

Le 2 juillet 2026, à la résidence du chef de mission américain à Port-au-Prince, une réception censée célébrer le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis se transforme en réquisitoire diplomatique. Devant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, plusieurs ministres et de nombreux invités, l'ambassadeur Henry Wooster prononce un discours d'une franchise rare pour un représentant étranger en exercice.

« Une cupidité débridée pour l'argent et le pouvoir »

Wooster commence par reconnaître ce que tous les Haïtiens vivent au quotidien : « Les Haïtiens, quels qu'ils soient, aspirent tous désespérément à une amélioration de la sécurité. » Mais il ne s'arrête pas à ce constat convenu. L'ambassadeur attribue directement la dysfonction chronique du pays à une corruption alimentée par « une cupidité débridée pour l'argent et le pouvoir » — une corruption qu'il affirme désormais étendue à « pratiquement toutes les institutions » de l'État haïtien.

Il va plus loin encore, qualifiant ce phénomène de « cancer destructeur » : tant qu'il ne sera pas extirpé, avertit-il, ni l'aide internationale ni les initiatives internes ne permettront de construire un État haïtien fonctionnel, capable de protéger sa propre population.

Un discours qui tombe à un moment charnière

Ce réquisitoire n'est pas un incident isolé. Il intervient alors que le gouvernement de facto dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, en place depuis novembre 2024 avec pour mission prioritaire de rétablir la sécurité et d'organiser des élections, peine à tenir ses propres engagements. Après des mois d'annonces répétées sur un calendrier électoral pour 2026, le chef du gouvernement a lui-même fini par admettre publiquement que les conditions sécuritaires ne permettaient pas d'organiser une présidentielle en août, évoquant vaguement un scrutin repoussé à la fin de l'année.

Pendant ce temps, plusieurs voix critiques accusent le gouvernement de privilégier des voyages diplomatiques répétés — Rome, le Vatican, et une présence remarquée autour du Mondial 2026 aux États-Unis — plutôt que de concentrer ses efforts sur la crise sécuritaire qui paralyse le pays. Un bras de fer institutionnel oppose également l'exécutif au Conseil électoral provisoire sur le financement et le calendrier du processus électoral.

Une critique publique inhabituelle de la part d'un allié

Ce qui rend ce discours particulièrement frappant, c'est son cadre : prononcé lors d'une réception officielle, en personne, devant le principal intéressé, plutôt que dans un rapport confidentiel ou une déclaration écrite distanciée. Les États-Unis demeurent pourtant le principal partenaire bilatéral d'Haïti, avec des dizaines de millions de dollars d'aide humanitaire déboursés chaque année.

Wooster quittera ses fonctions quelques semaines plus tard, fin juillet 2026, pour un nouveau poste au Kenya. Mais ce discours du 2 juillet restera comme l'un des signaux les plus directs envoyés par Washington sur l'état réel de la gouvernance haïtienne : un constat rarement formulé aussi frontalement par un diplomate en exercice, face à celui-là même qui est censé y remédier.

La question que ce discours laisse en suspens dépasse la diplomatie : un an et demi après son installation, avec des millions de dollars mobilisés et des promesses répétées d'élections « avant la fin de l'année », le gouvernement haïtien parviendra-t-il à faire mentir ce diagnostic — ou à le confirmer une fois de plus ?