Anacaona : la reine qu'on a pendue avant même qu'Haïti n'existe
Trois siècles avant Dessalines, une reine taïno régnait sur la moitié de l'île qui deviendra Haïti. Les Espagnols l'ont brûlée, pendue, et presque effacée de la mémoire collective.

Avant qu'un seul esclave africain ne foule le sol d'Ayiti, l'île appartenait aux Taïnos. Née vers 1474 à Yaguana — aujourd'hui Léogâne —, Anacaona règne sur le puissant caciquat du Xaragua, dans le sud-ouest de l'île. Son nom signifie « Fleur d'or ». Poétesse et compositrice reconnue, elle est aussi une stratège politique qui accueille avec prudence, puis avec résistance croissante, les premiers navires de Christophe Colomb en 1492.
Son mari Caonabo est capturé et meurt en captivité après avoir détruit le fort espagnol de la Nativité. Son frère Bohechio, cacique du Xaragua, meurt en 1500. Anacaona lui succède, seule à la tête d'un territoire que les Espagnols convoitent pour son or et sa main-d'œuvre.
Un piège tendu sous couvert de fête
À l'automne 1503, le gouverneur espagnol Nicolás de Ovando annonce à Anacaona qu'il souhaite visiter Xaragua pour « célébrer les bonnes relations » entre leurs deux peuples. Il arrive avec environ 300 hommes armés. Anacaona organise une grande fête en son honneur.
En plein spectacle, sur un signal convenu, les Espagnols se retournent contre leurs hôtes : ils mettent le feu à un bâtiment rempli de nobles taïnos rassemblés pour la cérémonie, massacrant la quasi-totalité de l'entourage de la reine.
Anacaona elle-même est capturée, accusée de conspiration lors d'un simulacre de procès. Ovando lui propose de lui laisser la vie sauve si elle devient sa concubine. Elle refuse. Elle est pendue, probablement en 1503 ou 1504, à environ 29 ans.
Le vide qui a précédé la traite
Le massacre du Xaragua marque le début de l'extermination systématique des populations taïnos sur l'île — un génocide qui, en quelques décennies, réduira une population estimée à plusieurs centaines de milliers d'âmes à quelques poignées de survivants.
C'est ce vide démographique, largement provoqué par cette extermination, qui poussera les colons européens à importer massivement des esclaves d'Afrique pour remplacer la main-d'œuvre taïno disparue.
Aujourd'hui, une statue d'Anacaona se dresse à Léogâne. Mais dans le récit national haïtien, centré sur la révolution de 1791-1804, la première résistante de l'île — et le premier génocide commis sur son sol — restent largement dans l'ombre.
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