Ogé et Chavannes : le supplice qui a précédé la révolution
Un an avant que les esclaves de Saint-Domingue ne se soulèvent, deux hommes libres de couleur ont été brisés vivants sur une roue, place publique, pour avoir simplement demandé le droit de vote.

En octobre 1790, Vincent Ogé, marchand et orfèvre libre de couleur, rentre à Saint-Domingue depuis Paris. Il rapporte avec lui une nouvelle qui devrait changer la colonie : le 28 mars 1790, l'Assemblée nationale française a accordé le droit de vote aux hommes libres propriétaires de 25 ans. Les colons blancs de Saint-Domingue refusent purement et simplement de l'appliquer aux hommes de couleur.
Avec son ami Jean-Baptiste Chavannes — un ancien soldat qui avait combattu pour l'indépendance américaine au siège de Savannah en 1779 — Ogé prend les armes. Ils rassemblent près de 300 hommes dans le nord de la colonie. Face à une garde nationale de 1 500 hommes au Cap-Français, la révolte est écrasée. Ogé et Chavannes fuient vers la partie espagnole de l'île, mais sont livrés aux autorités françaises.
Un procès expéditif, une sentence glaçante
Le procès est expéditif. La sentence, elle, est d'une cruauté administrative glaçante : les deux hommes doivent d'abord faire « amende honorable » à genoux devant l'église, une torche de cire à la main, avant d'être conduits sur la Place d'Armes — du côté opposé à celui réservé aux condamnés blancs — pour y avoir « les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs » sur un échafaud, puis d'être attachés sur une roue « pour y rester tant qu'il plaira à Dieu de leur conserver la vie ».
Le 25 février 1791, la sentence est exécutée au Cap. Leurs têtes sont ensuite coupées et exposées sur des poteaux, chacune sur la route de leur village natal.
Ce supplice de la roue, déjà aboli en France à cette date, est maintenu à dessein dans la colonie pour terroriser la population libre de couleur. L'assemblée provinciale y assiste en corps, jusqu'au bout.
L'étincelle avant l'étincelle
Six mois plus tard, dans la nuit du 22 août 1791, les esclaves de la plaine du Nord se soulèvent à leur tour lors de la cérémonie de Bois Caïman. L'histoire officielle retient cette date comme le début de la révolution haïtienne.
Elle oublie trop souvent que la première étincelle avait déjà jailli six mois plus tôt, dans le sang de deux hommes qui ne demandaient rien d'autre que le droit de voter.
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