Nou Pap Dòmi : la jeunesse haïtienne qui a refusé de se rendormir
« Nous ne dormons pas. » C'est le nom qu'a pris l'un des mouvements citoyens les plus déterminés de l'histoire récente d'Haïti — porté, pour l'essentiel, par une génération de jeunes qui refusait que le scandale PetroCaribe tombe dans l'oubli.

Après la publication du premier rapport d'audit de la Cour supérieure des comptes en janvier 2019, révélant une gestion frauduleuse de près de deux milliards de dollars issus du fonds PetroCaribe, la colère populaire ne retombe pas. Elle se structure. Un collectif de jeunes citoyens haïtiens, refusant de laisser le scandale s'enliser dans l'indifférence habituelle réservée aux affaires de corruption dans le pays, se donne un nom simple et direct : Nou Pap Dòmi — « Nous ne dormons pas ».
Le mouvement organise des marches pacifiques répétées dans les rues de Port-au-Prince et d'autres grandes villes du pays tout au long de l'année 2019, réclamant inlassablement la même chose : que les responsables identifiés dans le rapport de la Cour des comptes soient traduits en justice, et que l'argent manquant — ou ce qu'il en reste — soit retracé et restitué au peuple haïtien.
D'un hashtag à un mouvement organisé
Ce mouvement s'inscrit dans la continuité directe du hashtag #PetroCaribeChallenge lancé l'année précédente, mais il marque une évolution qualitative : d'un mouvement essentiellement numérique et spontané, la mobilisation devient un rassemblement organisé, avec ses porte-paroles, ses revendications précises, sa présence physique et continue dans l'espace public. Les manifestations de Nou Pap Dòmi se déroulent dans un climat de tension croissante avec les forces de l'ordre, plusieurs rassemblements dégénérant en affrontements violents à mesure que l'année 2019 avance.
Le mouvement bénéficie du soutien actif d'organisations de la société civile, de représentants religieux — notamment au sein de la Conférence épiscopale d'Haïti et de la Fédération protestante — ainsi que d'organisations de défense des droits humains à l'échelle internationale, comme Transparency International, qui suit de près l'évolution du dossier.
Un héritage encore incomplet
Sept ans après ses premières marches, Nou Pap Dòmi n'a pas obtenu tout ce qu'il réclamait : la grande majorité des responsables cités dans les rapports de la Cour des comptes n'a toujours pas répondu de ses actes devant un tribunal, à la hauteur de l'ampleur du scandale documenté. Mais le mouvement a durablement changé quelque chose : il a prouvé qu'une génération de jeunes Haïtiens, connectée, organisée et déterminée, refusait désormais que la corruption d'État se referme sur elle-même dans le silence — même si la justice, elle, continue de prendre son temps.
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