Cinq ans après le premier rapport : où est passée la justice PetroCaribe ?
Près de deux milliards de dollars documentés comme détournés. Des dizaines de responsables nommément cités par la Cour des comptes. Et pourtant, sept ans après le premier rapport d'audit, la quasi-totalité du dossier PetroCaribe reste au point mort devant la justice haïtienne.

Le contraste est saisissant. D'un côté, deux rapports d'audit minutieux, produits par la plus haute juridiction administrative du pays, documentant méthodiquement contrat par contrat une décennie de gestion frauduleuse du fonds PetroCaribe. De l'autre, un système judiciaire haïtien qui, sept ans après la publication du premier de ces rapports en janvier 2019, n'est parvenu à faire aboutir qu'une poignée de procédures pénales, très en deçà de l'ampleur des sommes documentées comme détournées.
Plusieurs figures politiques majeures continuent d'être régulièrement citées dans les analyses journalistiques et les rapports d'organisations de la société civile en lien avec ce dossier — parmi elles, l'ancien ministre des Finances Wilson Laleau, l'ancien président Michel Martelly et son ancien Premier ministre Laurent Lamothe. Aucun d'entre eux n'a, à ce jour, fait l'objet d'une condamnation définitive à la hauteur des accusations documentées par la Cour des comptes.
Une justice paralysée par la crise
Les raisons de cette paralysie sont multiples et s'enchevêtrent. L'instabilité politique chronique qui frappe Haïti depuis plusieurs années — succession rapide de gouvernements, dissolution d'institutions, crise sécuritaire majeure liée à l'expansion des gangs armés — a considérablement réduit la capacité opérationnelle du système judiciaire haïtien à instruire des dossiers financiers d'une telle complexité. Plusieurs juges d'instruction chargés à différentes périodes du dossier PetroCaribe ont été menacés, déplacés, ou ont vu leur travail entravé par des obstacles procéduraux récurrents.
Ce que l'argent aurait pu changer
Malgré cette paralysie judiciaire persistante, les organisations de la société civile haïtienne — héritières directes du mouvement Nou Pap Dòmi — continuent de réclamer, année après année, que ce dossier ne tombe pas définitivement dans l'oubli. Elles rappellent régulièrement un chiffre simple, presque insupportable dans un pays confronté à une pauvreté extrême et à une crise humanitaire majeure : les sommes documentées comme détournées dans le cadre du scandale PetroCaribe auraient largement suffi à financer, si elles avaient été utilisées comme prévu, des infrastructures de santé, d'éducation et de logement capables de transformer durablement les conditions de vie de plusieurs millions d'Haïtiens.
Sept ans après le tweet de Gilbert Mirambeau demandant simplement où était passé l'argent, la question reste, dans une large mesure, sans réponse judiciaire complète. Le rapport, lui, existe toujours — noir sur blanc, dans les archives de la Cour des comptes. Ce qui manque encore, ce n'est pas la preuve. C'est la volonté politique de la faire aboutir devant un tribunal.
Nan menm liy lan
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