Le rapport qui a tout changé : deux milliards de dollars, zéro parc industriel
Le rapport d'audit de la Cour des comptes haïtienne sur les fonds PetroCaribe ne s'est pas contenté de donner un chiffre choc. Il a détaillé, projet par projet, comment l'argent a disparu sans laisser de traces.

Quand la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) publie, entre janvier 2019 et août 2020, ses deux rapports d'audit sur la gestion du fonds PetroCaribe, elle ne se limite pas à un chiffre global. Elle documente, ministère par ministère, contrat par contrat, une gestion qui viole systématiquement les principes les plus élémentaires de la comptabilité publique.
Un parc industriel qui n'a jamais existé
L'exemple le plus frappant concerne ce qui devait être le plus ambitieux projet public d'aménagement urbain lancé après le séisme de 2010 : la construction d'un parc industriel et de 1 500 logements en périphérie de Port-au-Prince. Le projet est purement et simplement abandonné en 2014. Pire encore : les juges de la Cour des comptes ne parviennent même pas à retracer un seul contrat officiel documentant l'attribution de ces travaux. Plus de 46 millions de dollars ont pourtant été versés à une seule entreprise, Constructora ROFI S.A., appartenant au sénateur dominicain Félix Bautista — un homme d'affaires sanctionné pour corruption par le département du Trésor américain en juin 2018.
D'autres projets suivent le même schéma : des marchés attribués sans appel d'offres, des estimations de coûts inexistantes ou fantaisistes, des paiements effectués sans qu'aucun service n'ait été rendu. La Cour des comptes dénonce également l'absence quasi totale de coopération des institutions publiques haïtiennes dans son travail d'enquête.
Aucun camp épargné
Le rapport n'épargne aucun camp politique. Il pointe la responsabilité de plusieurs administrations successives depuis 2008, sous plusieurs présidences différentes. Une accusation particulièrement lourde vise même le président en exercice au moment de la publication du second rapport : Jovenel Moïse est présenté comme ayant été, avant son accession à la présidence, au cœur d'un « stratagème de détournement de fonds » à travers sa société agroindustrielle Agritrans.
Malgré l'ampleur documentée du scandale — près de deux milliards de dollars concernés sur l'ensemble de la période — très peu de responsables politiques ou d'hommes d'affaires cités dans le rapport ont, à ce jour, fait l'objet d'une condamnation pénale définitive à la hauteur des sommes en jeu. Le rapport de la Cour des comptes reste, sept ans après sa première publication, le document de référence auquel se réfère chaque nouvelle enquête journalistique ou judiciaire sur le sujet.
Nan menm liy lan
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