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Le serment qu'on a imposé aux paysans haïtiens contre le Vodou

En 1941, dans les campagnes haïtiennes, des milliers de paysans ont dû jurer publiquement, à genoux dans les églises, de renoncer à la religion de leurs ancêtres — sous peine d'être privés des sacrements.

Dark Ayiti30 mars 20267 min pou li
Le serment qu'on a imposé aux paysans haïtiens contre le Vodou

Le Vodou, religion née de la rencontre entre les traditions spirituelles d'Afrique de l'Ouest et le catholicisme colonial, a toujours dérangé les pouvoirs successifs en Haïti. Dès le XIXe siècle, l'Église catholique, devenue religion officielle de l'État haïtien en 1860 par un concordat, mène des campagnes récurrentes pour l'éradiquer.

Mais c'est en 1941, sous la présidence d'Élie Lescot, que la répression atteint son paroxysme. Le clergé catholique, largement composé de prêtres bretons, lance ce qu'on appellera la « campagne des rejetés » : dans les paroisses rurales, chaque catholique — en particulier dans les zones les plus pauvres — doit prêter un serment public de renoncement au Vodou pour continuer à recevoir les sacrements. Ce serment est formulé comme un rejet explicite de « Satan et de ses œuvres ».

Des temples brûlés, des tambours saccagés

Avec l'appui du gouvernement Lescot, des temples Vodou sont pillés et saccagés dans tout le pays. Des tambours sacrés, des drapeaux de cérémonie, des autels entiers sont brûlés sur ordre du clergé. Des pratiquants sont arrêtés, humiliés publiquement, parfois emprisonnés pour « pratiques superstitieuses » — un délit prévu par le Code pénal haïtien depuis le XIXe siècle.

L'écrivain haïtien Jacques Roumain, indigné par la violence de cette campagne, publie en mars 1942 une série d'articles dans Le Nouvelliste dénonçant les dérives du clergé. Sans nier la nécessité d'une évolution des pratiques populaires, il refuse la logique de destruction pure et simple d'une religion qu'il considère comme le reflet des conditions de vie du paysan haïtien.

Une répression qui n'a pas suffi à l'effacer

La campagne prend officiellement fin en 1942, après des incidents violents survenus à Delmas qui provoquent une prise de conscience au sein même de la bourgeoisie catholique de la capitale. Mais le Vodou continuera d'être stigmatisé pendant des décennies — parfois même instrumentalisé politiquement par les régimes suivants, dont celui de François Duvalier.

Aujourd'hui encore, malgré une reconnaissance officielle du Vodou comme religion à part entière depuis 2003, les cicatrices de cette campagne de 1941 marquent la mémoire collective d'un pays où une partie de sa propre spiritualité a longtemps été traitée comme un crime.